Productivité, compétitivité et prospérité :
un cadre conceptuel
La production totale d'une économie est fonction de la dotation
en ressources (ressources naturelles, structure de production, travail, accumulation
du capital physique, accumulation du capital humain) et de la productivité
avec laquelle ces ressources sont mises en oeuvre pour la production de biens
et de services, mesurée par le PIB, resp. le revenu national. En fait,
la productivité constitue la mesure de l'efficience allocative
avec laquelle le capital humain, le capital physique, et les autres ressources
sont combinées dans les activités économiques. Il ne
s'agit cependant que d'une grille de lecture « comptable »
qui ne tient pas compte d'autres éléments qui sont à
la base du développement économique, à savoir la situation
géographique, l'intégration (commerce international p.ex.),
les institutions et plus généralement le contexte social. La
situation géographique renvoie aux avantages et désavantages
dus à la localisation physique d'un pays (climat, proximité
de voies navigables, autres infrastructures de transport …) tandis que
l'intégration renvoie aux bénéfices (ou aux coûts)
de la participation au commerce international de biens, de services, de capital
et de travail. C'est dans le contexte de l'intégration
économique que se pose la question de la compétitivité.
Pour D. RODRIK les facteurs géographie, intégration et institutions
constituent les causes « profondes » (« deep
determinants ») du développement économique, tandis
que les facteurs capital, travail et productivité sont qualifiés
de causes « premières » (« proximate
») de la croissance. Par ailleurs, l'adaptation des déterminants
institutionnels du développement aux facteurs conjoncturels est assez
lente et difficile à mettre en oeuvre, d'où l'intérêt
de ne pas les négliger et d'y être particulièrement
attentifs.
Productivité, compétitivité et prospérité
sont des concepts proches, mais non interchangeables. La notion de "productivité"
s'applique principalement aux entreprises et au milieu du travail, tandis
que la "compétitivité" doit plutôt être
rapprochée des « marchés ». La productivité
constitue évidemment un élément central de la compétitivité
dans la mesure où elle contribue à déterminer -
à côté de l'évolution du salaire nominal
et du taux de change - les coûts de production relatifs par rapport
aux concurrents. Mais le lien n'est ni automatique ni exclusif. La compétitivité
est également liée à la présence des entreprises
sur les marchés (aspect de la promotion commerciale, p.ex.), à
l'attractivité du pays (investissements étrangers), à
la structure de production (adaptation de la production à la demande
internationale …) et enfin au cadre institutionnel et social. De toute
évidence les relations causales ne sont pas à sens unique. La
croissance facilite la mise en place d'institutions de "qualité"
(efficience, absence de corruption) et une politique fiscale compétitive.
Mais l'existence de la relation causale inverse ne peut guère
être contestée.
La notion de "prospérité " concerne l'ensemble
de la société et peut être analysée à travers
l'augmentation du revenu réel (par l'adaptation des rémunérations
à la croissance de la productivité p.ex.), l'équité,
la participation des citoyens, la préservation de l'environnement,
indicateurs qui sont actuellement souvent rassemblés sous le thème
porteur de « développement durable ».
Croissance et compétitivité sont donc fonction, d'une
part, de la disponibilité des ressources (structure de production,
facteur capital, facteur travail) et de leur allocation (productivité)
et, d'autre part, des facteurs contextuels (géographie, institutions,
contexte social).