Une croissance démographique soutenue
Alors qu'au recensement de la population de 1970, le nombre d'habitants
du Grand-Duché ne dépasse pas les 340 000, le cap des 450 000
sera franchi durant la première moitié de cette décennie.
En 30 ans, la population de résidence s'accroît donc de quelque
100 000 personnes. Une comparaison avec des pays voisins ou proches montre que
cette croissance démographique est plutôt exceptionnelle et que
c'est surtout dans les années quatre-vingt-dix que le Luxembourg
se détache du lot. La progression de 30% est nettement supérieure
à celle enregistrée en Belgique, en RFA (avant réunification)ou
en Autriche. Elle est de moitié en France et en Suisse et seule parmi
les pays considérés, les Pays-Bas s'en rapprochent.
Croissance démographique dans des pays sélectionnés (1970 = 100.0)
Année |
Luxembourg |
Belgique |
France |
Allemagne |
Pays-Bas |
Suisse |
Autriche |
| 1970 |
100.0 |
100.0 |
100.0 |
100.0 |
100.0 |
100.0 |
100.0 |
| 1980 |
107.4 |
102.0 |
106.3 |
100.4 |
108.7 |
102.2 |
101.2 |
| 1990 |
112.1 |
103.0 |
112.0 |
102.4 |
114.9 |
108.2 |
103.1 |
| 2000 |
130.4 |
106.2 |
116.8 |
109.4 |
123.4 |
116.8 |
108.9 |
| Source: EUROSTAT |
Le point saillant de la croissance démographique du Luxembourg est la
place prépondérante prise par l'immigration. Les seuls nationaux
voient leurs effectifs stagner et sans les options et naturalisations ils auraient
même diminué. Entre 1970 et 2001, sont enregistrés 114 877
décès contre 90 995 naissances d'autochtones engendrant
un solde naturel négatif de 23 882 Ce déficit est plus que compensé
par les acquisitions de la nationalité luxembourgeoise de la part de
résidents étrangers. Il est à noter que ce mouvement d' «intégration»
reste cependant modeste, compte tenu du fort accroissement du stock de population
étrangère susceptible d'acquérir la nationalité
luxembourgeoise.
En remontant aux années 1950, on constate que le profil de la courbe
des taux d'accroissement de la population épouse étroitement
celui du taux d'immigration nette. Le développement démographique
du Luxembourg est rythmé par les flux migratoires largement supérieurs
à ceux du mouvement naturel (naissances, décès). Alors
que le taux de l'excédent des naissances sur les décès
dépasse rarement les 4‰, les soldes migratoires ont des pointes
allant jusqu'à 14‰. L'évolution particulièrement
dynamique de la dernière décennie, succédant à la
croissance beaucoup plus modeste des années 1980, résulte principalement
d'une importante augmentation des soldes migratoires annuels.
En moyenne annuelle, le solde migratoire au Luxembourg était de plus
de 10‰ au cours de la décennie 1990-2000, alors que dans l'Europe
des 15 le chiffre correspondant était d'environ 2.3‰.

L'apport des étrangers au développement de la population
ne se limite pas aux seuls flux migratoires annuels. Des soldes naturels
largement positifs y contribuent également. En raison de leur structure
par âge particulièrement jeune, il y a relativement peu de décès
et le nombre de naissances ne cesse de progresser. En 2001, il devient, pour
la première fois, supérieur à celui des autochtones.
Toutes ces évolutions entraînent une hausse continue de la part
des étrangers dans la population de résidence qui de 18.4% en
1970 passe à 37.5% en 2002. Un tel pourcentage n'est atteint dans
aucun autre pays européen. Parmi ceux, comportant une importante proportion
d'étrangers, il faut citer le Liechtenstein (34 %) ou la Suisse
(20 %). Dans pratiquement tous les autres pays, la proportion d'étrangers
reste inférieure à 10 %.

Nuptialité, divortialité et fécondité
: les comportements changent
Comme dans d'autres pays européens, le nombre de mariages, de
divorces ou de naissances se ressent des changements de comportement démographique.
La propagation des unions consensuelles et la propension de plus en plus forte
à vivre seul contribuent à la chute des mariages de célibataires
comme l'atteste l'évolution des indicateurs de primo-nuptialité.
Si la proportion des célibataires contractant un premier mariage observée
ces dernières années devait se maintenir à l'avenir,
50 % d'entre eux ne le feraient jamais. Autre indicateur de cette désaffection
relative vis-à-vis du mariage : le pourcentage de naissances hors
mariage. Alors qu'il se situe autour de 4 % vers 1970, il atteint aujourd'hui
plus de 20 %.
Cette régression de la nuptialité s'accompagne d'une
progression de la divortialité. Le comportement observé depuis
quelques années laisserait présager que la moitié des couples
mariés finiraient par divorcer.
Dans les années soixante-dix, la nette chute de la fécondité
des femmes de nationalité luxembourgeoise soulève un certain nombre
d'inquiétudes. La diminution de l'indicateur conjoncturel
de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme calculé,
pour une année donnée, à partir des taux de fécondité
par âge de l'ensemble des générations en âge
de procréer) semble, en effet, spectaculaire. De 2.36 vers 1960 il tombe
à 1.38 vers 1985. Certes si l'on se rapporte non plus à
cette génération fictive servant de base au calcul de l'indicateur
conjoncturel mais au nombre d'enfants mis au monde par les femmes nées
une même année, cette baisse de la fécondité est
beaucoup moins prononcée, tout en demeurant bien réelle. Considérée
à l'époque comme exceptionnelle au niveau européen,
il s'avère rapidement qu'elle touche un très grand
nombre de pays et, en premier lieu, les pays du Sud à fécondité
traditionnellement élevée comme l'Italie ou le Portugal.
L'évolution dans ces pays ne restant pas sans effet sur leurs ressortissants
établis au Luxembourg, l'indicateur conjoncturel des femmes étrangères
connaît également une chute assez brutale comme le montre le graphique
afférent. A un certain moment, leur niveau rejoint pratiquement celui
des autochtones, mais les derniers chiffres font de nouveau apparaître
un écart grandissant.

Recul de la mortalité
En trente ans, l'espérance de vie à la naissance, indicateur
synthétique le plus usuel mesurant les progrès enregistrés
en matière de mortalité s'accroît de 8 ans chez les
hommes et de 6 ans chez les femmes. Aujourd'hui, elle s'élève
à environ 75 ans chez les hommes et à quelque 81 ans chez les
femmes La nette régression de la mortalité infantile joue un rôle
prépondérant dans cette évolution. Le nombre de décès
de moins d'un an pour 1000 naissances vivantes franchit plusieurs paliers.
De 1970 à 1975, il reste, en moyenne, supérieur à 15. Puis,
pendant presque 10 ans, il se situe entre 10 et 15. A partir de 1985, il tombe
durablement en dessous de 10 et ces dernières années, il tourne
autour de 5 ce qui correspond au niveau de beaucoup de pays européens.
Cette baisse de la mortalité s'observe également aux âges
plus avancés. De 9.5 ans en 1970, l'espérance de vie à
70 ans masculine passe à 12.2 ans en 2000. Celle des femmes s'accroît
de 11.9 ans à 15.5 ans.
Espérances de vie à différents âges
Année |
Hommes |
Femmes |
| |
0 an |
50 ans |
70
ans |
0 an |
50 ans |
70 ans |
| 1970 |
67.3 |
22.4 |
9.5 |
74.5 |
27.5 |
11.9 |
| 1980 |
70.0 |
23.6 |
9.9 |
76.7 |
29.2 |
13.0 |
| 1990 |
72.6 |
26.4 |
11.9 |
79.1 |
31.5 |
14.9 |
| 2000 |
74.7 |
27.4 |
12.2 |
81.1 |
32.8 |
15.5 |
| Source: STATEC |
Ces améliorations sont cependant à relativiser. Dans son livre
blanc 'Santé pour tous', publié en 1994, le Ministère
de la Santé reconnaît que 'les taux comparatifs de mortalité
par âge et par sexe sont supérieurs à la majorité
de l'Union Européenne' . Concernant les causes de décès,
le même document note qu'entre la fin des années soixante-dix
et la fin des années quatre-vingt 'les taux de mortalité
par cancer augmentent tandis que la mortalité par maladies cardio-vasculaires
a tendance à diminuer. La dégradation la plus spectaculaire est
constatée en matière de mortalité par cancer du sein (+34.6%)'.
Fécondité et mortalité infantile dans certains pays européens
Année |
Luxembourg |
Belgique |
France |
Allemagne |
Italie |
Portugal |
Autriche |
Suisse |
| Indicateur
conjoncturel de fécondité |
| 1970 |
1.97 |
2.25 |
2.47 |
1.99 |
2.43 |
3.01 |
2.29 |
2.10 |
| 1980 |
1.49 |
1.68 |
1.95 |
1.45 |
1.64 |
2.25 |
1.65 |
1.55 |
| 1990 |
1.60 |
1.62 |
1.78 |
1.45 |
1.33 |
1.57 |
1.45 |
1.58 |
| 2000 |
1.79 |
1.66 |
1.89 |
1.36 |
1.23 |
1.52 |
1.34 |
1.50 |
| Mortalité infantile
(pour 1 000 naissances vivantes) |
| 1970 |
24.9 |
21.1 |
18.2 |
23.4 |
29.3 |
58.4 |
25.6 |
15.1 |
| 1980 |
11.6 |
12.2 |
10.1 |
12.7 |
14.4 |
24.2 |
14.4 |
9.1 |
| 1990 |
7.4 |
6.6 |
7.4 |
7.1 |
8.2 |
11.0 |
7.9 |
6.9 |
| 2000 |
5.1 |
4.9 |
4.8 |
4.6 |
4.6 |
5.5 |
4.8 |
5.0 |
| Source: STATEC |

Une population vieillissante
?
Le plus souvent le vieillissement d'une population est appréhendé
par la proportion de personnes dépassant un certain âge, le choix
de ce seuil démographique (60, 65 ou 70 ans) étant largement arbitraire.
Souvent on distingue le troisième âge, couvrant les personnes
âgées entre 65 ans et 79 ans, du quatrième où l'on
entrerait à partir de 80 ans. Les 65 ans et plus voient leur nombre progresser
de 42 800 en 1970 à 61 000 en 2000 (+ 42.8%). Ce taux d'augmentation
s'élève à 20.3% chez les 80 ans et plus (5 900
en 1970, 13 000 en 2000).
Deux facteurs concernant l'un la base, l'autre le sommet de la
pyramide d'âges peuvent être à l'origine du vieillissement :
la baisse de la natalité et les progrès de la longévité.
Ainsi, la dynamique démographique enclenchée par la succession
de générations creuses à des générations
pleines aboutit-elle au fil du temps à une augmentation du poids relatif
des personnes plus âgées. A un certain moment les générations
creuses se trouvent confrontées aux générations pleines
ayant atteint l'âge de la retraite. Une espérance de vie
aux âges plus élevés en nette augmentation (voir plus haut)
entraîne évidemment un gonflement des effectifs concernés.
Si l'accroissement du nombre absolu de personnes âgées est
indéniable, leur poids relatif dans la population totale ne progresse
que beaucoup plus faiblement. Ceci est dû à une forte immigration
nette qui alimente de façon quasi-permanente, les classes d'âges
plus jeunes.
Les 65 ans et les 80 ans et plus
| |
65 ans et plus |
80 ans et plus |
| Année |
Effectifs |
en
% de la population totale |
Effectifs |
en % de
la population totale |
| 1970 |
42 800 |
12.6 |
5 900 |
1.7 |
| 1980 |
49 600 |
13.6 |
8 200 |
2.3 |
| 1990 |
50 800 |
13.4 |
11 600 |
3.1 |
| 2000 |
61 100 |
14.0 |
13 000 |
3.0 |
| Source: STATEC |

Vers les 700 000 habitants ?
L'accélération de la croissance démographique au
cours de la première moitié des années 1990 avait amené
le STATEC à proposer, pour ses projections de population, une variante
aboutissant à plus de 700 000 habitants à l'horizon 2050.
A côté d'un accroissement de la fécondité avec
un nombre moyen d'enfants par femme de 1,95 à partir de 2020, ce
sont des soldes migratoires annuels de quelque 4 000 personnes - égaux
à ceux observés avant l'année de base et maintenus
sur l'ensemble de la période de projection - qui expliquent cette
progression élevée.
Du moment qu'ils partent d'une immigration nette se situant autour
de 4 000, les scénarios du Bureau International du Travail, de l'ONU,
d'EUROSTAT ou de la Banque Centrale du Luxembourg arrivent à un
résultat similaire : dans cinquante ans, le Luxembourg compterait
quelque 700 000 habitants. L'hypothèse du maintien d'une
forte immigration ne se justifie que si l'on table sur une croissance
économique élevée engendrant d'importants besoins
en main-d'oeuvre. Autre incertitude : dans quelle mesure cette
nouvelle main-d'oeuvre va-t-elle venir habiter au Grand-Duché ?
La demande future de travail ne pourrait-elle pas être satisfaite par
un recours encore plus important aux travailleurs frontaliers ?
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